Zone d'activité de Saumaty - Séon. Parking d'une entreprise...

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Voilà 18 ans que ma femme travaille dans les quartiers nord. 12 ans pour ce qui me concerne. 4 ans qu’on y habite.

Objectivement, nous n’avons jamais assisté directement à une scène de violence. Nous n’avons guère subi d’incivilités (pas plus qu’à Aix-en-Provence).

J’ai traversé des dizaines de fois la Castellane en vélo, le plus souvent dans une totale indifférence. Une fois, un guetteur m’a apostrophé pour savoir si je voulais de la drogue. Une autre fois, une voie hargneuse a crié de loin : « Qu’est-ce que tu fais là ? Tu es de la police, c’est ça ? ». C’est tout.

Et pourtant, on la devine, là, toute proche, impalpable. Pesante.

En montant vers la Nerthe.

En montant vers la Nerthe.

Ces voitures brulées, partout, si souvent. Ces guetteurs qui s’incrustent dans le paysage sans vergogne.

Des anecdotes glaciales rapportées par des enfants à l’école.

« Hier, à la cafétéria de Grand Littoral, j’étais avec ma mère, il y a des gens qui sont entrés en hurlant "c’est un hold-up", et on s’est cachés sous les tables… ».

Ou ces parents à qui on conseillait de moins couver leur gosse, de le laisser faire des choses seul. « On a essayé. On lui a demandé d’aller porter les poubelles au local. Il est tombé sur un cadavre… »

Cette maman que la police a contactée sur son lieu de vacances : des balles avaient été tirées par sa fenêtre.

Ces grands-mères de la Castellane qui organisaient une visite dans le cadre du festival « des écritures du réel » : nous rassurant sur le fait qu’elles « tenaient » les jeunes, mais nous demandant de ne pas les fixer du regard, de ne pas photographier, le regard inquiet.

Cette bénévole de l’association « hôtel du nord » qui organisait la ballade, humant elle aussi l’humeur du quartier, décryptant le fait que les scooters rugissaient davantage que d’habitude. Quand je me suis étonné de cette inquiétude, elle m’a expliqué qu’elle aussi ne voulait pas en rajouter sur la prétendue violence des quartiers nord, mais qu’elle devait bien tenir compte du fait que des promeneurs avaient été bousculés sur le tracé du GR2013.

Et puis ces flottes de voitures vandalisées pendant le week-end au bureau. Une fois. Deux fois. Trois fois. Et l’entreprise qui veut partir. En laissant le champ libre aux petits trafiquants de pacotille.

Ce sentiment que la République abandonne ces quartiers. Que les élus issus des bonnes familles du sud de Marseille ne s’intéressent pas à ces territoires qu’ils craignent et qu’ils méprisent.

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