Maréchal, nous voilà !

A 36 heures des résultats du second tour, le FN est aux portes de la région. Ne nous leurrons pas, même si le sursaut républicain devait faire pencher la balance vers Estrosi, ce sera d'un cheveu. Pas de quoi se réjouir.

Quelle lecture de ce séisme ? La compréhension envers des gens dégoûtés de la politique, qui se sentent déclassés, méprisés, qui sont ou se croient malheureux ? Ou une volonté farouche de combattre des idéaux détestables qui suintent sous le vernis présentable dont Mme Le Pen a su les recouvrir.

Comprendre pour mieux combattre, voilà la clé.

Mme Maréchal (arrêtez donc de l'appeler par son prénom comme si c'était une copine de lycée) porte un nom aux relents subliminaux: il nous rappelle cette douce chanson qui faisait vibrer la France collabo :

Maréchal, nous voilà !

Une flamme sacrée

Monte du sol natal

Et la France enivrée

Te salue Maréchal !

« Le ventre est encore fécond d'où est sorti la bête immonde", écrivait Brecht. Les Français n’ignorent pas l’Histoire. Ils savent que toutes les expériences d’extrême-droite ont débouché sur la haine, la violence, et le plus souvent le malheur de ceux-là même qui l’ont portée : arrestations arbitraires, torture, destruction de la guerre ou retard, voire ruine économique. Rappelez-vous les fascismes italiens, hongrois, grecs, le franquisme, Pinochet, …

Pour comprendre comment tant de nos voisins, et hélas beaucoup de jeunes, sont attirés par ces sirènes sans vouloir en entendre les dangers, il faut repartir d’un slogan de Marine Le Pen : « la droite vous méprise, la gauche vous a trahis ». Il porte, parce qu’il n’est pas dénué de fondement.

Depuis la Révolution, c’est la gauche qui a été porteuse d’idéaux et d’émergence de concepts nouveaux, progressistes : la liberté, l’égalité, la fraternité, la Nation (par opposition aux ordres de l’ancien régime), la Marseillaise, la République, la laïcité, la solidarité, la protection des plus faibles, l’écologie…

Toutes ces notions ont diffusé dans la société française, au point de s’imposer aux plus conservateurs, et finalement d’être revendiquées par eux pour s’opposer aux innovations suivantes.

La gauche peut être fière d’entendre la pire droite revendiquer la Marseillaise, la République ou la Laïcité : c’est la preuve de ses victoires passées.

Et maintenant, la panne…

La gauche souffre de ne plus savoir aujourd’hui inventer de nouvelles réponses à de nouvelles questions.

Les petites faiblesses de la vie politique choquent aujourd’hui parce qu’il n’y a pas de grande vision pour les ramener à leurs justes proportions. Elles ne sont pas nouvelles : la 3ème République a eu son lot de petitesses et de compromissions, mais elle a su aussi faire avancer le pays. Elles deviennent insupportables quand elles ne sont plus au service d’un rêve.

La gauche ne doit pas courir après les démons de la droite. Elle doit réapprendre à rêver, à faire rêver, et à faire de ces rêves les réalités que voudront défendre les Droites de demain.

Elle doit dire aux jeunes : plutôt que de chercher votre avenir dans les ténèbres, venez nous botter le cul et construire votre monde.

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